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mardi 25 septembre 2012

Point Macro-économique, par Eric VENET de MONTBLEU FINANCE (Extraits)


Début octobre, le FMI devrait revoir légèrement à la baisse ses prévisions de croissance économique pour 2012 et 2013, tablant encore toutefois sur une croissance mondiale de, 3,5 % et 3,9 %. Cette révision ferait suite au ralentissement plus profond des pays développés, au premier chef l’Europe, mais également des pays émergents pénalisés par la faiblesse de la demande extérieure.
Toutefois, les banques centrales de la planète sont aujourd’hui à la manœuvre. Chacune d’entre elles intervient de façon quasi-collégiale au sein de sa zone économique, soit par des actions sur les taux, soit par une politique monétaire expansive.
L’hypothèque européenne en partie levée, le ralentissement mondial, essentiellement dû à la crise de défiance à l’égard de la zone euro, devrait se stabiliser. Malheureusement, cette coordination de l’ensemble des politiques monétaires ne fait que mettre en avant l’absence de coordination des politiques économiques, laissant à chacune des grandes zones économiques le soin de piloter au mieux sa croissance.
L’Europe, enfin protégée par sa banque centrale, doit gérer sa récession. Le programme d’achats illimités d’obligations souveraines à court terme, valide le scénario d’un resserrement des taux d’intérêt des pays de la zone euro. La BCE, non seulement, éloigne la spirale infernale auto-réalisatrice d’insolvabilité mais allège également quelque peu la contrainte d’ajustement budgétaire. Il en résulte pour l’Espagne, principal pays dans la ligne de mire des spéculateurs, une baisse des taux de ses obligations : - 4 % sur 2 ans, - 1 % sur 10 ans.
L’Italie a également vu ses taux baisser (passant à 5%), malgré une révision de son déficit budgétaire qui devrait passer de 1,7% à 2,6% du PIB et après une récession de 2,4% en 2012, soit deux fois plus importante que prévue. En revanche, l’Italie qui affiche un excédent primaire (avant paiement des intérêts de la dette) ne devrait pas solliciter d’aide quelconque.
L’Espagne et l’Italie, qui bénéficient désormais de taux réels plus faibles et conformes à leur ajustement budgétaire, ont à présent besoin de stabiliser leur croissance en profitant de la demande intérieure européenne (l’Espagne a vu son tourisme estival progresser de 4%).
Certes, la publication des indices d’activité PMI pour la zone euro annonce une prolongation de la dégradation de son activité, l’indice passant de 46,3 à 45,9. Cette poursuite continue de la tendance baissière témoigne de la difficulté pour les pays à trouver des ressorts de croissance dans un contexte de faible demande extérieure, de dégradation du marché du travail et d’inquiétude quant aux politiques fiscales.
Néanmoins, l’intervention forte de la BCE, en août, a ramené la confiance. Ce meilleur environnement peut favoriser un retour de l’investissement (par le simple remplacement du capital) et une moindre épargne du consommateur européen, pour peu que le paysage fiscal se stabilise et d’autant que la locomotive américaine pourrait à nouveau tirer le train de l’économie mondiale.
Les États-Unis appuient sur l’accélérateur financier pour diminuer le chômage. La Fed a sorti l’arme ultime avec un troisième programme d’achats de titres en privilégiant cette fois-ci les créances immobilières et, ce, jusqu’au retour du plein emploi.
Certes, la croissance américaine se situe à un niveau enviable (1,7% du PIB au second trimestre 2012) mais elle n’est, toutefois, pas suffisante pour recréer les emplois perdus lors de la dernière crise. Or, tout recours à une politique budgétaire est exclu pour cause d’élections présidentielles en novembre et d’échéance du compromis entre républicains et démocrates sur les coupes budgétaires et les baisses d’impôts ("fiscal cliff"), mesures qui ont jusqu’ici soutenu la croissance.
En achetant des titres hypothécaires, la Fed encourage les banques à distribuer davantage de crédits immobiliers, alors même que les prix repartent à la hausse dans un secteur enfin décongestionné, comme le montrent les indices publiés cette semaine. Cette relance de l’immobilier peut devenir un facteur de croissance solide et hautement pourvoyeur d’emplois. De plus, découragés par des taux de rendement quasi-nuls, les opérateurs se tournent vers le marché des actions maintenant ainsi des indices au plus haut et entretenant un effet de richesse. En effet, la consommation de ces agents économiques dépend, certes, de leur revenu disponible mais surtout de l’évaluation de leur patrimoine. Lorsque la valeur de leur maison et de leur portefeuille boursier augmente, leur capacité de consommation s’accroît également. La confiance du consommateur calculée par  l’université du Michigan est au plus haut sur quatre mois.
Concernant les prix, la bonne nouvelle est le violent décrochage du prix du baril de pétrole, initié en début de semaine dernière, qui limitera la ponction de la facture énergétique du consommateur, quand, dans le même temps, le prix du gaz ne cesse de chuter pour les industriels grâce à la révolution de l’exploitation du gaz de schiste outre-Atlantique.
Cette inflation est, au contraire, loin d’être maîtrisée pour les pays émergents.
Autre inquiétude, la Chine commence à peine à stabiliser son économie autour d’un taux de croissance compris entre 7,5% et 8%, en partie à cause d’une activité industrielle moins robuste. De son côté, le FMI prévoit un redémarrage de la croissance chinoise au cours du second trimestre. Selon son chef de mission en Chine, « Les autorités ont levé le pied du frein mais elles n’ont pas encore appuyé fortement sur l’accélérateur. » Néanmoins, la politique de relance semble tarder alors que le pouvoir politique est en pleine transition.
Le nouveau pouvoir continuera-t-il dans le rééquilibrage de l’économie vers la consommation intérieure, au détriment de l’investissement jugé excessif mais plus générateur d’emplois ?
Quant à la politique monétaire, elle est toujours aussi difficile à mener. Si les prix immobiliers continuent de reculer, cette fenêtre ouverte sur une poursuite de la baisse des taux pourrait vite se refermer à cause de l’impact du QE3 sur l’inflation des prix des matières premières et énergétiques. Cette hausse des prix alimentaires, amputant fortement le budget des ménages, pourrait générer de fortes tensions sociales.
Le président de la banque centrale du Brésil estime, quant à lui, que l’inflation de son pays est maîtrisée autour de 5% et que l’économie est en train de se redresser graduellement après le violent ralentissement d’activité enregistré ces derniers trimestres. L’industrie montre des signes de reprise, alors que la baisse du prix de l’électricité devrait favoriser une croissance plus vigoureuse et soutenable de la demande et de l’activité, déjà relancée par des récoltes record de céréales et le dynamisme du secteur des services. L’économie brésilienne, soutenue par les relances monétaire et budgétaire, continue de créer des emplois, ramenant son taux de chômage à 5,3% en août (contre 5,9% en juin), taux historiquement bas pour le Brésil. Nous considérons donc que l’économie mondiale est sur la bonne voie, pour peu que les autorités politiques conservent le cap : en Europe avec le durcissement budgétaire, aux États-Unis avec le "fiscal cliff" et en Chine avec une nouvelle équipe dirigeante.